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Festival de Chaillol

L’association Espace culturel de Chaillol organise depuis 17 ans le festival de Chaillol. Pendant près d’un mois, cet événement remarqué des Hautes-Alpes défend une programmation exigeante et généreuse, ouverte aux influences les plus diverses du monde contemporain et qui laisse une large place à la création musicale. Au-delà de sa singularité artistique, le festival est un modèle du genre en matière d’éco-responsabilité, mais plus encore en matière de développement durable. Flore Escande, son administratrice, revient sur la démarche de l’Espace culturel de Chaillol, structure associative aujourd’hui très repérée, qui a fait de ce territoire rural de montagne un partenaire à part entière de son projet autant qu’une source d’inspiration.

Au départ, c’est l’histoire d’un jeune musicien, pianiste marseillais, qui depuis sa tendre enfance passe ses vacances dans la vallée du Champsaur, dans le petit village de Saint-Michel en Chaillol. Après des études au conservatoire de Marseille, poursuivies au Conservatoire National Supérieur de Musique Paris, il débute une carrière de pianiste et revient régulièrement au village pour y donner des concerts, bénévolement, avec d’autres amis musiciens, pendant les stages de musique qu’y organisent ses parents. Le développement rapide du festival, l’enthousiasme du public et des élus locaux, mais aussi, sur un autre plan l’épuisement d’une organisation essentiellement basée sur le bénévolat, la crise des intermittents,… pousse tout le monde à la professionnalisation d’un événement devenu emblématique des Hautes-Alpes. Le pari est tenté, les élus et l’équipe organisatrice engage la mutation, attentif de ne rien perdre de la simplicité et de la convivialité qui ont fait la réputation du festival. Aujourd’hui 3000 spectateurs profitent de cette programmation qui présentera cet été sa 17e saison.

En quoi le festival de Chaillol est différent des autres, innovant dans sa forme et intrinsèquement éco-responsable ?

Le territoire haut-alpin est d’une  grande richesse, tant sur le plan naturel, que patrimonial et humain. Nous ne voulions pas d’un événement qui n’envisage son territoire d’accueil que sous l’angle d’un décor apaisant pour urbains stressés. Nous nous sommes interrogés très tôt sur la manière dont nous pouvions tirer profit de ses atouts formidables, sans nier les contraintes qu’il nous imposait. Le choix de l’itinérance est une réponse aux contraintes géographiques et démographiques de ce territoire. La population haut-alpine, qui constitue une bonne part de notre public, habite des communes de très petites tailles réparties sur un vaste territoire. Le relief montagneux occasionne des difficultés de déplacement bien différentes de celles d’une ville, et Gap, la ville centre, polarise en la concentrant l’essentiel de l’activité culturelle du département. Nous avons donc privilégié l’itinérance pour faciliter l’appropriation mais aussi comme modalité de la rencontre avec le public. Aller au cœur d’un territoire, rencontrer ceux qui y vivent à l’année, découvrir et faire découvrir ces vallées rurales de montagne,… nous paraissait nécessaire, en parfaite adéquation avec les besoins profonds de ce territoire et tellement nourrissant pour chacun. De ce fait, l’itinérance n’est pas un choix par défaut, mais plutôt un principe, une éthique, presqu’une philosophie…

Concrètement, nous allons dans les villages et hameaux à la rencontre d’un public de touristes et d’habitants souvent éloignés de l’offre culturelle. Dans ces communes, les infrastructures dédiés à la diffusion sont inexistantes, si l’on excepte quelques salles des fêtes ou polyvalentes mal adaptées. Mais toutes ces communes disposent d’une chapelle, d’une petite église. Il y a dans les Hautes-Alpes, un patrimoine modeste mais remarquable que notre action contribue à faire connaître. Nous y programmons de petites formations de 3 à 5 musiciens, applaudies par des auditoires de 150 personnes en moyenne.

Le festival de Chaillol s’achève avec la saison estivale. Que reste-t-il alors une fois l’effervescence estivale passée ?

Le festival de Chaillol est le volet estival de notre action. Mais nous sommes présents tout au long de l’année, avec une saison de concerts, aussi dense que celle du festival mais répartie sur six mois. Au 24 concerts du festival de Chaillol, événement estival, répondent les 24 concerts que nous donnons de janvier à juin, dans un rapport plus intime au territoire et à ceux qui y vivent. Ces concerts sont proposés à raison d’une série de 4 concerts mensuels, accompagnés par des moments de rencontre, un travail spécifique avec les écoles primaires du territoire, en partenariat avec l’Inspection de l’Académie et le CFMI.

Cette volonté de décentraliser la culture, d’aller vers le public et non le contraire, de ré-ouvrir des lieux du patrimoine et de les investir, d’avoir une offre culturelle tout au long de l’année jusque dans les endroits les plus reculés, participe de notre démarche éco-responsable. Tout d’abord en limitant au maximum les déplacements qui représentent de loin le poste le plus impactant pour les festivals, mais aussi en réduisant les besoins d’énergie avec des formations acoustiques et un éclairage led, suffisant pour valoriser ce patrimoine bâti souvent de grande qualité.

L’itinérance dans un territoire qui souffre d’une offre de transport en commun difficile à déployer est certainement le meilleur moyen pour agir sur le volet déplacement. Par ailleurs, nous avons de petites formations et un seul technicien. Ici pas de grosses machines, ni d’orchestre, l’équipe se déplace donc facilement et de manière légère.

Enfin pour que l’offre soit accessible au plus grand nombre, la dizaine de propositions artistique qui constitue la programmation du festival est donnée deux à trois fois, dans les différents villages des vallées ce qui représente environ vingt-cinq dates pour une dizaine de propositions artistiques différentes.

Comment travaillez-vous les autres volets de l’éco-responsabilité ? 

- En matière d’énergie, nous avons investi dans l’acquisition de projecteurs à lampes led et nous n’avons besoin que de quelques projecteurs.

- Sur les transports, notre réponse est l’itinérance. Nous avons tenté d’aller plus loin en organisant le covoiturage, qui fonctionne de manière assez spontanée dans ces territoires complexes.

- En ce qui concerne les déchets, nous n’en produisons quasiment pas puisque nous n’avons pas de décor ni de bar, nous servons juste gratuitement un jus de fruit local et bio à la sortie du concert. Nous n’avons donc que du verre que nous recyclons. Pour le public, nous avons mis des poubelles de tri, mises à dispositions par la communauté de commune du Champsaur.

- La restauration ne concerne que le catering pour les artistes et l’équipe. Nous avons fait appel à un chef cuistot, restaurateur local, très engagé dans le mouvement slow food. Au menu, c’est donc produits locaux, de saison et bio.

- Pour la communication, nous avons choisi, après concertation avec Benjamin Durand de la plateforme, de revenir sur du local et d’imprimer à Gap plutôt qu’à Marseille. Nous essayons d’approfondir sa démarche d’éco-responsabilité. Aujourd’hui, elle est Imprim’Vert et est en capacité de répondre à notre cahier des charges : encres végétales, papier recyclé, diminution des grammages. En relocalisant dans les Hautes-Alpes l’impression de tous nos supports de communication, nous voulions donner un signal fort aux élus de ce territoire.

Nous avons une forte volonté de participer au développement local et donc de travailler avec des prestataires au plus près. C’est vrai avec le loueur de piano qui se trouve dans le Trièves, avec l’agence immobilière de Chaillol auprès de laquelle nous louons de quoi héberger les artistes que nous recevons ; c’est aussi vrai avec notre loueur de voitures et même les fameux Tourtons du Champsaur qui nous sont offerts par une entreprise locale pour ensuite être offerts au public. Dans la plupart des cas, il s’agit de micro-mécénat, qui contribue à un ancrage local et à une meilleure appropriation de notre action.

- Enfin pour les toilettes, certains lieux sont déjà équipés quand ce n’est pas le cas, on s’arrange avec le voisinage, la mairie, enfin toutes les bonnes volontés.

Vous recevez des artistes de dimension internationale, quel regard portent-ils sur votre démarche ?

Le projet que nous défendons ne pourrait exister sans le consentement des artistes, qui dépasse la connivence des musiciens avec Michaël Dian, notre directeur. La plupart comprennent la nécessité d’accompagner des démarches comme les nôtres, afin de permettre que des territoires excentrés puissent offrir à leurs populations, une offre culturelle de premier plan. On retrouve chez nombre d’entre eux cette dimension militante, parfois très affirmée, d’autres fois latente, qui rend possible la rencontre avec notre projet.

En retour, ces artistes, qui sont pour la plupart largement reconnus dans le milieu musical et développent une carrière internationale, retrouvent la saveur d’une relation directe et simple, avec le public. Et ils l’apprécient. Le Champsaur ne dispose pas de salles de concerts prestigieuses. Ici, nous sommes loin des grandes métropoles françaises ou européennes et les habitudes sont bien différentes. Ce qui pourrait apparaître comme un handicap est en fait une magnifique occasion de retrouver le sens de l’Autre. À la sortie d’un concert, artistes et public se retrouvent autour d’un verre, dans la petite salle des fêtes de la commune ou parfois même dans la salle du conseil municipal. La question du lien est ici essentielle, vécue sans médiation aucune, simplement parce qu’il est difficile de faire autrement. C’est un des atouts de ces territoires ruraux, préservés.

Le volet social et économique du festival montrent que vous avez poussé plus loin la réflexion et que votre démarche est avant tout une démarche de développement durable et local et non une seule démarche environnementale. Que proposez-vous faisant écho à ces deux autres piliers ?

Notre politique tarifaire est volontairement attractive, 12 euros la place en plein tarif et 8 euros en tarif réduit. Une partie non négligeable de notre public se tient souvent éloigné du monde de la culture. Pour les raisons géographiques que j’ai expliquées, mais aussi par la solennité des grandes salles de concerts, dont on n’ose parfois pas pousser la porte. Nous avons aujourd’hui un public très diversifié, avec une bonne moitié de touristes et une autre de Haut-alpins. Nous savons que certains n’avaient jamais eu l’occasion d’entrer dans une salle de concert. Pousser la porte d’une chapelle leur a sans doute paru moins intimidant, surtout si celle-ci fait partie de leur histoire familiale. Pour nous, c’est aussi l’occasion de rouvrir ces lieux, de les valoriser, de les faire découvrir aux vacanciers, mais aussi aux habitants du coin. 

Que vous apporte la plateforme aér ?

Nous souhaitons aller plus loin dans cette démarche de développement durable humain. Pour cela, il est essentiel de ne pas être seul, de connaître ce qui se fait ailleurs, de bénéficier d’un accompagnement voire d’une expertise sur les questions les plus sensibles. Grâce à la plateforme, je récupère de l’information. La newsletter et le site sont aussi des outils précieux, que j’épluche méthodiquement. Il m’arrive aussi d’interpeller Benjamin Durand quand j’ai besoin d‘un conseil ou d’un avis. J’ai aussi beaucoup apprécié le questionnaire d’auto-évaluation que la plateforme a mis à notre disposition, enfin la plateforme me permet de faire des rencontres et peut-être de rentrer dans de nouvelles dynamiques comme celle de l’achat groupé. Notre situation géographique et la très petite taille de notre équipe, peuvent également être un frein et nous avons besoin d’être accompagnés pour aller au-delà de ce que nous faisons déjà.

Comment votre démarche est-elle perçue par le monde de la culture ?

Nous commençons à former un réseau avec d’autres festivals, d’autres structures, qui privilégient le qualitatif au quantitatif, développent un projet ou les relations humaines et la question du lien demeurent essentielles, s’engagent sur le long terme avec les artistes, construisent une programmation faisant le pari de l’intelligence, invitent le public sur les chemins de traverse de la création musicale. Nous nous retrouvons sur la programmation, nous valorisons les créations des uns et des autres, nous nous engageons sur des co-productions. Les choses se font toujours par étapes et nous ne sommes pas pressés. Depuis deux ou trois ans, la presse nationale a repéré notre projet, qui affirme de plus en plus clairement ses valeurs, ses enjeux au travers de réalisations qui témoignent de notre ambition : faire de ce territoire rural de montagne, excentré mais préservé, un lieu actif de ka création musicale, qui promeut l’échange et favorise la rencontre.

Interview de Flore Escande, administratrice

Plus d’infos sur : www.festivaldechaillol.com 

 

l'Affiche du festival 

 
 
 

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